Paulina Ramos Agustin
30 mai 1923 au 5 juillet 2026
Certaines vies se mesurent en années. D'autres finissent par devenir une mesure de l'Histoire elle-même.
Paulina Ramos Agustin a vécu 103 ans. Mais dire qu'elle a vécu un siècle et trois années, c'est prendre la mesure de l'extraordinaire parcours d'une vie humaine et de la force indomptable de l'esprit.
Elle est née le 30 mai 1923, dans le quartier historique de Binondo, à Manille, dans un monde éclairé par les lampes à gaz, où les lettres étaient écrites à la main, où les calèches circulaient encore et où les tranvias faisaient vibrer les rues du vieux Manille. De l'autre côté de la rivière Pasig se dressait Intramuros, derrière les murailles où le pouvoir colonial espagnol avait autrefois gouverné, et où José Rizal, héros national des Philippines, fut emprisonné avant son exécution.
L'Histoire n'était pas loin de chez elle. Elle faisait presque partie du voisinage.
Paulina a traversé un siècle comme peu d'êtres humains ont eu l'occasion de le faire. Elle a connu l'occupation japonaise, la libération de Manille, l'indépendance des Philippines, la loi martiale, le retour de la démocratie, les grandes vagues de migration et les bouleversements extraordinaires du monde moderne.
Durant l'occupation japonaise, alors qu'elle était encore une toute jeune femme, elle a travaillé comme traductrice de japonais. Après la guerre, pendant que Manille se relevait lentement de ses ruines, elle a été embauchée comme dactylo auprès de l'armée américaine.
En 1960, le destin lui porta un coup terrible. Son mari, Alfredo Agustin, mourut subitement à l'âge de 39 ans, la laissant veuve avec un fils de quatre ans. Elle l'avait prénommé Jesus, puisqu'il était né le jour de la fête du Santo Niño. Elle ne s'est jamais remariée. Toute son énergie, son courage, sa discipline, ses sacrifices et sa foi furent désormais consacrés à élever son fils unique.
Pour subvenir aux besoins de sa famille, elle entra au service du Bureau central des postes de Manille. Elle y débuta comme concierge avant de devenir commis aux postes, poste qu'elle occupa fidèlement pendant près de trente ans. À force de travail, de persévérance et de détermination, elle réussit à bâtir une vie meilleure pour son fils.
En 1986, elle immigra au Canada afin de rejoindre sa famille et de contribuer à l'éducation de ses petits-enfants. Sa nouvelle vie commença à Windsor, en Ontario, avant de se poursuivre avec sa famille à Montréal, puis à Châteauguay, au Québec. Elle séjourna également quelque temps en Australie. Peu importe où elle vivait, sa véritable demeure restait sa famille. Le Canada est devenu son pays d'adoption, mais les Philippines n'ont jamais quitté son coeur.
Au Canada, son amour des autres continua de franchir les océans. Au fil des années, elle a aidé des neveux et des nièces à poursuivre leurs études, soutenu des proches dans la maladie comme dans le deuil, et n'a jamais hésité à tendre la main lorsqu'une personne avait besoin d'aide. Elle ne recherchait ni les honneurs ni la reconnaissance. Elle croyait simplement que lorsqu'on peut aider, on doit le faire.
Sa vie l'a aussi menée bien au-delà des frontières des Philippines et du Canada. Elle réalisa l'un de ses plus grands rêves en effectuant un pèlerinage à Jérusalem et en Terre Sainte, marchant sur les pas du Christ. Elle voyagea également en Australie et au Japon, des destinations que la jeune fille de Binondo n'aurait jamais osé imaginer.
Au cours de sa longue vie, elle a vu l'humanité passer de la radio à la télévision, de la machine à écrire à l'ordinateur, des lettres manuscrites qui mettaient des semaines à traverser les océans aux appels vidéo et aux souhaits d'anniversaire transmis instantanément sur un téléphone intelligent par des membres de sa famille et des amis aux quatre coins du monde.
Et pourtant, l'Histoire ne suffit pas à raconter Paulina.
On se souviendra d'elle comme d'une femme d'une foi profonde et inébranlable. Pendant de nombreuses années, elle ne manqua presque jamais la messe quotidienne ni la récitation du chapelet. À Châteauguay, elle fut un membre engagé de l'Ordre franciscain séculier et participa fidèlement aux rencontres d'étude biblique de la paroisse Our Lady of Perpetual Help.
Lorsque sa mobilité diminua avec les années, sa vie de prière ne diminua jamais. Elle assistait chaque jour à la messe diffusée en ligne depuis l'église de Quiapo, suivait la messe dominicale de sa paroisse sur YouTube et priait fidèlement le chapelet avec son groupe de prière par téléphone.
Sa chambre était devenue un véritable petit sanctuaire. On y trouvait des icônes religieuses, des statues de saints, des livres de prières, de l'huile bénite et de l'eau bénite. Ce n'était pas simplement la chambre d'une femme croyante. C'était le lieu où sa foi habitait.
Famille, amis, voisins et parents, qu'ils vivent tout près ou à l'autre bout du monde, faisaient souvent appel à elle lorsqu'ils avaient besoin de prières. Qu'une personne soit malade, doive subir une intervention chirurgicale, passe un examen, cherche un emploi ou traverse une période difficile, tous savaient qu'elle porterait leur intention dans sa prière. Jour après jour, elle confiait leurs besoins au Seigneur dans la messe quotidienne et le chapelet, devenu le rythme de sa vie. Pour beaucoup, elle était la première personne à qui l'on téléphonait lorsqu'on avait besoin de quelqu'un pour prier.
La vie de Paulina nous rappelle que l'Histoire ne s'écrit pas seulement par les présidents, les chefs militaires ou les grands personnages dont les noms remplissent les livres. Bien souvent, elle s'écrit discrètement, dans la vie d'une mère dont la plus grande oeuvre se trouve dans la famille qu'elle a élevée, dans les vies qu'elle a touchées, dans les prières qu'elle a offertes avec fidélité et dans l'amour qu'elle a donné sans jamais compter.
Elle a accompli son siècle et trois années sur cette terre avec grâce.
Que le Dieu en qui elle a eu confiance à travers chaque joie et chaque épreuve l'accueille maintenant auprès de Lui.
Remerciements
La famille tient à exprimer sa profonde gratitude aux médecins, aux infirmières, aux préposés aux bénéficiaires de l'Hôpital Anna-Laberge, ainsi qu'aux proches aidantes de Paulina, tout particulièrement Rose, Julia, Iya et Juvy, qui l'ont accompagnée avec tant de bonté, de dignité et de compassion au cours de ses dernières années.
Vos mains bienveillantes et vos coeurs généreux ont apporté réconfort non seulement à Paulina, mais aussi à toute notre famille. Nous vous en serons éternellement reconnaissants.
Dons
Au lieu de fleurs, les dons à la Fondation Nalie, à la mémoire de Paulina, sont les bienvenus.
Par ce geste, son héritage de foi, d'espérance et d'amour continuera de toucher la vie des autres.
( https://www.naliefoundation.com/ )